Un souffle à la fois
2026 | 82 min
Documentaire
Français et anglais, avec sous-titres en français
Une production de l’Office national du film du Canada
Avertissement sur le contenu : Ce film contient des descriptions de violence familiale et de violence faite aux femmes. La prudence est recommandée.
Peut-on désapprendre la violence et changer? Un souffle à la fois suit une dizaine d’hommes aux comportements violents qui cherchent de l’aide dans un centre de services psychosociaux. Au fil des séances, ils s’efforcent de mettre des mots sur leurs émotions et de prendre la responsabilité de leurs gestes. Sans filtre, le documentaire observe le travail patient de l’équipe d’intervention qui accompagne la difficile remise en question des modèles traditionnels de masculinité.
Affiche
Synopsis long
Avertissement sur le contenu : Ce film contient des descriptions de violence familiale et de violence faite aux femmes. La prudence est recommandée.
Peut-on désapprendre la violence et changer? Le documentaire Un souffle à la fois suit une dizaine d’hommes aux comportements violents qui ont décidé de chercher de l’aide dans un centre de services psychosociaux. De rencontres individuelles en séances de groupe, ils sont amenés à mettre des mots sur leurs émotions, à prendre la responsabilité de leurs gestes et à envisager d’autres façons d’être en relation. Nous plongeant dans cet univers méconnu, le réalisateur Steve Patry observe le travail patient de l’équipe d’intervention qui accompagne des cheminements faits de résistances, de prises de conscience et d’éventuelles métamorphoses. S’inscrivant dans la lignée d’une œuvre attentive aux êtres en marge et aux démarches transformatrices, ce cinquième long métrage du cinéaste montre sans filtre la lente remise en question de conceptions bien ancrées de la masculinité – et l’engagement du personnel qui, un homme à la fois, s’attelle à cette tâche aussi délicate que nécessaire.
En une ligne
Avertissement : Violence familiale, violence faite aux femmes.
Filmés sans filtre, des hommes aux comportements violents tentent de changer, accompagnés par une équipe d’intervention qui les amène à repenser leur rapport à la masculinité.
Entrevue avec le cinéaste
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous pencher sur la question des hommes en difficulté? Comment ce film s’inscrit-il dans votre filmographie à ce jour?
Depuis le tout début de ma carrière comme cinéaste, je m’intéresse aux personnes qui vivent dans une sorte d’angle mort de la société. Des ex-détenus, des hommes aux parcours troubles et violents, des personnes en situation d’itinérance ou encore des individus qui se retrouvent en marge de la société. J’ai toujours été attiré par celles et ceux qui traversent une période de changement, qui entreprennent une démarche personnelle ou qui tentent, d’une manière ou d’une autre, de reprendre leur vie en main. Ce désir de changement m’apparaît particulièrement riche, tant sur le plan humain que sur celui du cinéma. Il me permet de filmer des personnes alors qu’elles vivent ce processus; avec leurs tentatives, leurs rechutes et leurs victoires. Je peux ainsi être témoin de quelque chose qui se construit sous mes yeux, sans savoir à l’avance où cela mènera. C’est souvent là que se trouvent les moments de cinéma les plus forts, parce qu’ils sont vécus plutôt que provoqués, sans fard ni artifice.
Un souffle à la fois a été réfléchi exactement sous cet angle. Si un homme fait l’effort d’entrer dans ce centre, de venir demander de l’aide, c’est qu’il vit une difficulté concrète et qu’il a ce désir, même fragile ou ambivalent, de changer. Ayant accès à ce lieu et à ces hommes, je savais que le dispositif serait propice à la libération de la parole, malgré la dureté des situations vécues par les protagonistes. Je savais que je toucherais à une certaine condition humaine fragile et méconnue, considérant la délicatesse du sujet que je traitais.
A-t-il été difficile de trouver un centre qui soit prêt à accueillir une équipe documentaire? Quels étaient vos propres critères quand vous avez entamé vos recherches?
C’est après une projection de mon film Waseskun, dans lequel j’avais suivi plusieurs hommes aux passés troubles et violents, qu’une personne est venue me parler. Cet individu était intervenant dans un organisme qui accompagne des hommes en difficulté. Il m’a parlé de la réalité du centre où il travaillait et m’a proposé de rencontrer la directrice. Il était très motivé à développer un projet autour de cette réalité, qui était encore méconnue à l’époque. J’ai gardé contact avec cet intervenant et la directrice pendant plusieurs années, et c’est autour de 2022 qu’on a senti que c’était le bon moment pour se lancer ensemble dans le projet. Il est rare qu’un univers aussi fermé ouvre ses portes à un cinéaste. J’ai senti qu’il y avait une réelle ouverture de la part de toute l’équipe de Donne-toi une chance et qu’elle me donnait son appui à 100 %. Par la suite, l’ONF a embarqué dans le développement et le projet s’est concrétisé.
Un seul critère s’est ajouté à celui qui me guide depuis le début de ma carrière (qui est d’adopter une approche sans jugement ni complaisance) : je ne voulais pas « flouter » les participants. Je trouvais que le fait de se laisser filmer à visage découvert témoignait d’un engagement personnel véritable. Il y avait aussi l’idée assumée que ma caméra puisse faire partie du processus de responsabilisation.
D’ailleurs, au montage, nous avons choisi de conserver plusieurs moments qui sont généralement coupés : lorsqu’un participant joue avec son micro, regarde vers la caméra ou fait un commentaire sur notre présence, par exemple. Je trouvais important de laisser ces moments, parce qu’ils permettent de sentir notre présence et, du même coup, d’amplifier la notion de consentement à être filmé.
Comment avez-vous bâti la confiance avec les hommes qui acceptent d’être filmés dans le cadre de leur suivi psychosocial? Y avait-il des limites dans ce que vous pouviez filmer et montrer?
Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours su établir un lien de confiance singulier avec les protagonistes de mes films. Dans ce cas-ci, j’ai pu compter sur les liens de confiance que j’avais noués avec l’équipe d’intervention. C’étaient les membres du personnel qui, généralement, tentaient une première approche auprès des hommes. Nous avions établi une stratégie qui me permettait, lorsqu’il y avait une ouverture de leur part à participer, de leur expliquer brièvement le projet, mes intentions et ma manière de filmer, et ce, juste avant le début de leur rencontre. La plupart du temps, ça se passait très rapidement. L’homme disait oui, non ou peut-être. Si c’était oui, nous allions dans une pièce où l’équipement avait déjà été installé et nous tournions. Mon but était d’interférer le moins possible dans le cours normal des rencontres. C’est sûr qu’il y a toujours un instant un peu « malaisant » au début, mais l’avantage avec ce type de rencontres est que les gens oublient rapidement la caméra, parce qu’ils sont concentrés sur les problèmes qu’ils sont venus travailler. Après chaque rencontre, je m’entretenais séparément avec les hommes et les membres de l’équipe d’intervention afin d’avoir leurs impressions et de m’assurer de respecter les limites de chaque personne. Au cours de toutes les rencontres auxquelles j’ai assisté, une seule personne m’a demandé d’arrêter de filmer.
En ce qui concerne les limites, je ne m’en fixe habituellement aucune au tournage, car je sais que l’étape du montage me permettra de faire des choix éclairés sur ce qu’il est pertinent ou non de garder. En revanche, j’essaie d’être transparent avec mes sujets pour qu’ils ou elles se sentent libres de poser leurs propres limites. Mon désir d’enregistrer la vie à l’état brut ne prend jamais le dessus sur ma responsabilité et mon respect envers les protagonistes, ainsi qu’envers les réalités parfois difficiles qu’ils ou elles vivent devant ma caméra.
Les hommes que vous filmez entament-ils tous cette démarche de leur plein gré, ou certains sont-ils contraints par des obligations judiciaires?
Je sais que certains hommes venaient de leur plein gré, et que plusieurs autres y étaient contraints ou étaient motivés à suivre le programme pour aider leur cas auprès de certaines autorités. Mais de mon côté, je n’ai volontairement pas cherché à connaître les antécédents des hommes qui défilaient devant ma caméra.
J’ai choisi de me couper de ces informations personnelles pour m’aider à garder cette approche « sans jugement ni complaisance » et à les prendre tels qu’ils étaient, avec leurs enjeux, dans le moment de la rencontre filmée. Le film s’est justement bâti autour de la force des échanges vécus lors de rencontres précises et ponctuelles.
Les hommes du centre semblent tous correspondre à un profil démographique assez semblable : ils sont blancs, hétérosexuels, et de classe populaire ou moyenne-basse. Comment l’expliquez-vous?
J’ai filmé plus de 30 rencontres avec différents hommes au cours du tournage. Je me rappelle avoir rencontré des hommes de toutes les générations, certains d’origine étrangère, plusieurs hommes blancs, hétérosexuels ou non, avec des parcours et des profils à la fois similaires et différents. En fin de compte, il reste peut-être une dizaine de rencontres dans le film. Celles-ci font partie du montage final essentiellement parce qu’elles révèlent des récits de vie uniques et complémentaires les uns des autres, et qu’elles nous permettent de faire une réelle incursion dans une certaine condition humaine.
Il faut dire aussi que le film est une sorte de huis clos dans un seul centre, à un moment précis de son existence, avec les hommes qui fréquentaient ce centre au moment du tournage. Est-ce que le choix du lieu et le programme offert par le centre influencent le type de personnes qui vont chercher ces services? Probablement.
Quoi qu’il en soit, il est sûr que la violence masculine ne se limite pas à une classe ou à un profil démographique. La violence conjugale et familiale a plusieurs visages et peut prendre plusieurs formes : psychologique, verbale, physique, matérielle, sexuelle, économique ou sociale. Il est certain aussi que mon film ne cherche pas à montrer toute la réalité des comportements de violence, mais seulement une partie. Mon objectif était de donner un accès privilégié à un univers méconnu qui, à mes yeux, fait partie d’un continuum de solutions permettant de faire face à ce fléau majeur et persistant.
Le film ne cherche pas à montrer toute la réalité de la violence familiale, mais seulement un fragment. Toutefois, le point de vue des victimes est aussi régulièrement évoqué par les membres de l’équipe d’intervention. Comment jonglez-vous entre le choix du dispositif filmique, qui nous limite à un lieu, et la volonté de ne pas occulter la réalité des femmes et des enfants?
Je savais au départ que je ne filmerais pas les victimes, puisque c’est un centre qui aide les hommes à changer leurs comportements. Toutefois, c’était essentiel pour moi de pouvoir « ressentir » les victimes, directes et collatérales. Je pense y être arrivé par l’intermédiaire de ce que j’appelle les debriefs entre les intervenantes et José, la directrice.
Au cours de ces debriefs s’est dessinée une compréhension beaucoup plus vaste de certains enjeux et des stratégies déployées pour offrir un filet de sécurité aux personnes concernées. Cette compréhension ne se dégageait pas des rencontres avec les hommes, où on se concentrait essentiellement sur leur propre expérience. Au tournage, j’appelais ces moments de debrief « l’envers du décor ».
Les debriefs avec la directrice se faisaient assez spontanément. À partir du moment où j’ai été témoin de leur existence, je me suis mis à être extrêmement attentif et prêt à filmer dès qu’ils se produisaient, car ils me donnaient accès aux répercussions de la violence sur les victimes.
On assiste actuellement à une montée du masculinisme et des discours antiféministes. Le film ne montre-t-il pas que les hommes peuvent aussi, à leur manière, être victimes du patriarcat et de la socialisation masculine traditionnelle?
Je ne suis pas expert de ces questions, mais je peux dire qu’en fréquentant ces hommes au cours du tournage, j’ai compris assez rapidement ce que pouvaient être les caractéristiques de la masculinité toxique. Des idées comme « un homme, ça ne pleure pas », « les hommes doivent être physiquement et émotionnellement forts », « un homme doit subvenir financièrement aux besoins de sa famille », ou encore toutes ces normes sociales rigides qui imposent aux hommes d’être forts, dominants et endurcis. Je croyais que c’étaient des idées dépassées, mais j’ai réalisé que ce n’était pas nécessairement le cas pour tout le monde.
Le programme de Donne-toi une chance, à ma connaissance, vise justement à déconstruire ces stéréotypes. Il donne aux hommes des outils leur permettant de mieux reconnaître leurs propres besoins et d’améliorer leurs compétences émotionnelles et relationnelles, dans le but d’avoir des relations saines, harmonieuses, égalitaires et dénuées de violence. Je lève mon chapeau à toute l’équipe d’intervention, que ce soit dans les centres de soutien aux hommes ou dans les centres d’aide aux victimes. C’est un travail de longue haleine, mais tellement nécessaire.
Images
Équipe
Générique
Recherche, scénario et réalisation
Steve Patry
Direction photo
Steve Patry
Prise de son
Philippe Miquel
Montage
Natalie Lamoureux
Conception sonore
Marie-Pierre Grenier
Composition musicale
Marie-Hélène L. Delorme
Production déléguée
Mélanie Lasnier
Production
Mélanie Brière
Production exécutive
Nathalie Cloutier
Relations de presse
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Lorenzo Feldhandler
Attaché de presse, ONF
Cell. : 438-454-6220
l.feldhandler@onf.ca
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L’ONF en bref
Fondé en 1939 et unique en son genre, l’Office national du film du Canada (ONF) produit, coproduit et distribue des documentaires et des films d’animation engageants, pertinents et innovants. Incubateur de talents, il est un des plus grands laboratoires de création au monde. Depuis plus de huit décennies, l’ONF permet aux Canadiennes et aux Canadiens de se raconter et de se rencontrer. Ses films sont de plus une ressource éducative fiable et accessible. L’ONF possède également une expertise reconnue mondialement en préservation et en conservation, en plus d’une riche collection vivante d’œuvres qui constituent un pilier important du patrimoine culturel du Canada. Jusqu’à maintenant, l’ONF a produit plus de 14 000 œuvres, dont 7000 sont accessibles gratuitement en ligne sur onf.ca. L’ONF ainsi que ses productions et coproductions ont remporté au-delà de 7000 prix, dont 12 Oscars et un Oscar honorifique récompensant l’excellence de l’organisation dans toutes les sphères de la cinématographie.






